Message du Pape Benoît XVI aux jeunes.
JMJ 2011 - Madrid
"Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi" (cf. Col 2, 7)
2. Enracinés et fondés dans le Christ
Pour mettre en lumière l'importance de la foi en Dieu dans la vie des croyants, je voudrais m'arrêter sur les trois expressions employées par saint Paul dans cette citation : «Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi». Nous pouvons y voir trois images. «Enraciné» évoque l'arbre et les racines qui le nourrissent. «Fondé» se réfère à la construction de la maison. «Affermi» renvoie à la croissance de la force physique ou morale. Ces images sont très parlantes. Avant de les expliquer, je note simplement que dans le texte original grec, il s'agit, du point de vue grammatical, de passifs : cela signifie que c'est le Christ lui-même qui a l'initiative d'enraciner, de fonder et d'affermir les croyants.
La première image est celle de l'arbre, solidement planté au sol par ses racines, qui le stabilisent et le nourrissent. Sans racines, il serait emporté par le vent et mourrait. Quelles sont nos racines? Il y a bien sûr nos parents, notre famille et la culture de notre pays, qui constituent un aspect très important de notre identité. La Bible en dévoile un autre. Le prophète Jérémie écrit : «Béni l'homme qui se confie dans le Seigneur, dont le Seigneur est la foi. Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant: il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert; dans une année de sécheresse, il est sans inquiétude et ne cesse de porter du fruit.» (Jr 17, 7-8).
Etendre ses racines, c'est donc pour Jérémie mettre sa confiance en Dieu, dans la foi. En Dieu nous puisons notre vie. Sans lui nous ne pouvons pas vivre vraiment. «Dieu nous a donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils» (cf. 1 Jn 5, 11). Et Jésus lui-même se présente comme notre vie (cf. Jn 14, 6). C'est pourquoi la foi chrétienne ne consiste pas seulement à croire en des vérités, mais c'est avant tout (.) une relation personnelle avec Jésus Christ. C'est la rencontre avec le Fils de Dieu qui donne à notre vie un dynamisme nouveau. Quand nous entrons dans une relation personnelle avec Lui, le Christ nous révèle notre propre identité, et, dans cette amitié, la vie grandit et se réalise en plénitude.
Il y a un moment, durant la jeunesse, où chacun de nous se demande : quel sens a ma vie? Quel but, quelle direction ai-je le désir de lui donner? C'est une étape fondamentale, qui peut tourmenter l'âme, parfois même longtemps. On pense au genre de travail à entreprendre, aux relations sociales à établir, aux relations sentimentales à développer . Dans ce contexte, je repense à ma jeunesse. D'une certaine façon, j'ai bien eu conscience que le Seigneur me voulait comme prêtre. Mais ensuite, après la guerre, quand au séminaire et à l'université j'étais en chemin vers ce but, j'ai eu à reconquérir cette certitude. J'ai dû me demander: est-ce vraiment ma voie? Est-ce vraiment la volonté du Seigneur pour moi? Serais-je capable de Lui rester fidèle et d'être totalement disponible, à son service? Prendre une telle décision ne se fait pas sans souffrance. Il ne peut en être autrement. Mais ensuite a jailli la certitude: c'est bien cela! Oui, le Seigneur me veut, Il me donnera donc la force. En l'écoutant, en marchant avec Lui, je deviens vraiment moi-même. Ce qui importe, ce n'est pas la réalisation de mes propres désirs, mais (.) Sa volonté. Ainsi, la vie devient authentique.
De même que l'arbre a des racines qui le tiennent solidement accroché à la terre, de même les fondations donnent à la maison une stabilité durable. Par la foi, nous sommes fondés en Christ (cf. Col 2, 6), comme une maison est construite sur ses fondations. Dans l'histoire sainte, nous avons de nombreux exemples de saints qui ont fondé leur vie sur la Parole de Dieu. Abraham est le premier d'entre eux. Notre «père dans la foi» obéit à Dieu qui lui demandait de quitter la maison de son père pour marcher vers un pays inconnu. «Abraham crut à Dieu, cela lui fut compté comme justice, et il fut appelé ami de Dieu» (Jc 2, 23). Etre fondé en Christ, c'est répondre concrètement à l'appel de Dieu, en mettant notre confiance en Lui et en mettant en pratique sa Parole. Jésus lui-même met en garde ses disciples : «Pourquoi m´appelez-vous: ´Seigneur! Seigneur!´ et ne faites-vous pas ce que je dis?» (Lc 6, 46). Et, faisant alors appel à l'image de la construction de la maison, il ajoute : «Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond, et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s´est rué sur cette maison, mais il n´a pas pu l´ébranler parce qu´elle était bien bâtie. Mais celui au contraire qui a écouté et n'a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s´est rué sur elle, et aussitôt elle s´est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand!» (Lc 6, 46-49).
Chers amis, construisez votre maison sur le roc, comme cet homme qui «a creusé profond». Vous aussi, efforcez-vous tous les jours de suivre la Parole du Christ. Ecoutez-le comme l'Ami véritable avec qui partager le chemin de votre vie. Avec Lui à vos côtés, vous serez capables d'affronter avec courage et espérance les difficultés, les problèmes, ainsi que les déceptions et les échecs. Sans cesse vous sont présentées des propositions plus faciles, mais vous vous rendez compte vous-mêmes qu'il s'agit de leurres, qu'elles ne donnent ni sérénité, ni joie. Seule la Parole de Dieu nous indique la voie véritable, seule la foi qui nous a été transmise est la lumière qui illumine notre chemin. Accueillez avec gratitude ce don spirituel que vous avez reçu de votre famille et engagez-vous à répondre de façon responsable à l'appel de Dieu, devenant adultes dans la foi. Ne croyez pas ceux qui vous disent que vous n'avez pas besoin des autres pour construire votre vie! Appuyez-vous au contraire sur la foi de vos proches, sur la foi de l'Eglise, et remerciez le Seigneur de l'avoir reçue et de l'avoir faite vôtre!
Du Vatican, le 6 août 2010 Benedictus PP. XVI
Méditation et réflexion de Mgr RAVEL
3. Passons au concret : comment une vie devient-elle belle ?
Il y a mon désir de vie splendide et il y a Dieu. Mais nous qui sommes près à accepter le lien entre les deux, comment passer concrètement de l’un à l’autre ?
Le pape prend d’abord une première image pour montrer le lien entre ma vie et sa Source, celle de l’arbre et des racines qui le nourrissent.
Un prophète écrivait que l’homme vivant ressemble « à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant : il ne redoute rien quand vient la chaleur, son feuillage reste vert. » Comme nous aimerions être ainsi sans sécheresse en nous, toujours dans la vitalité du printemps et laissant la vie et le rire déborder autour de nous malgré les rudesses de l’existence !
Or le pape explique que c’est possible : « Etendre ses racines, c’est donc pour Jérémie mettre sa confiance en Dieu, dans la foi. En Dieu nous puisons notre vie. » L’arbre est alors relié à la source.
Génial ! Il faut et il suffit de vivre « comme si Dieu existait » quelque soit l’essor actuel de notre foi ; il s’agit de vivre avec un Autre qui nous révèle notre identité et en qui nous mettons notre confiance alors même qu’il ne nous facilite pas la vie en éliminant les obstacles et les gêneurs (ce serait confortable certains jours ! Mais là je suis en train de me lâcher…). Il nous donne le sens de notre vie : pourquoi j’existe, moi unique et irremplaçable ? Que dois je faire de ma vie ?
Pour vivre à plein, je suis donc invité à passer du « qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? » à « que veux-tu que je fasse, Toi l’Invisible Ami ? »
Pour rencontrer le Christ, je renverse tout : ma vie sera d’autant plus authentique que je la vis comme une réponse à l’appel de l’Autre. Je ne suis plus seul à gérer et à digérer ma vie.
Posons-nous la question et discutons entre nous :
- Est-ce que ma vie dont je suis la seule source me grandit vraiment ? Ne suis-je pas las d’une vie que je décide toujours seul ?
- Ma vie ne sera-t-elle pas beaucoup plus dynamique et vivante (pleine de sel et de vie) si je me vois avec l’Autre ?
- Quelle question vient quand je cherche le sens de ma vie : « qu’est-ce que je veux ? » ou/et « que veux-tu que je fasse, Seigneur ? » ?
Un geste concret :
Poser un acte de confiance en Dieu. C'est-à-dire répondre oui à une demande de service qui m’est faite sans que celui qui l’a fait puisse la justifier ; et dire : je te fais confiance Seigneur.
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